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 «  Le métier de cartographe  »

Pour développer l’industrie du pneumatique, il convenait de développer parallèlement tout ce qui pouvait aider l’automobiliste à se déplacer… une vision de service associée à un projet industriel. La cartographie « grand public » accessible à tous et parfaitement documentée est l’un des éléments fondamentaux de ce concept.

 

Dès 1910, Michelin invente la cartographie « grand public ».
À une époque où la cartographie est réservée aux « spécialistes » (Armées, Ponts et Chaussées, Administrations…) Michelin va faire naître l’idée d’une cartographie accessible à tous. Pour cet ancien cartographe du service des Armées qu’est André Michelin, l’ambition de créer une cartographie de la France à une échelle pratique n’est pas récente. Depuis plusieurs années déjà il avait recueilli une importante documentation; mais il aspire à plus de commodité; il imagine une information la plus claire possible, détaillée, parfaitement actualisée donc parfaitement fiable. Peu chère, ce sera la fameuse carte à 1/200.000, dans un format très pratique, destinée avant tout aux automobilistes.

 

Cartographier la totalité du territoire français à 1/200.000 est un enjeu colossal en ce début de siècle… Mais résumons l’histoire. Une première carte avait été éditée par Michelin dès 1892 ; déjà pliée en accordéon - elle mesurait 5m de longueur - elle devait permettre de suivre la course Paris – Clermont-Ferrand – Paris. Plus tard, en 1905, André Michelin fit publier la carte détaillée présentant la Coupe Gordon Bennett ; c’est à partir de cette période qu’il commencera à rassembler la documentation nécessaire à la future série. Sur ce modèle, la première carte, celle de la région de Clermont-Ferrand, est éditée en janvier 1910. Il suffira de 4 ans pour couvrir en 47 feuilles l’ensemble de la France.

 

Son prix de vente est de 1 franc pour la carte « papier » et de 2 francs pour la carte « entoilée » plus résistante. Son pliage accordéon est toujours en vigueur… c’est la carte MICHELIN !

 

Documentalistes, Concepteurs, Préparateurs, Dessinateurs, Typographes, Ingénieurs, …, Artistes Cartographes !

 

La cartographie n’est pas une science exacte. Elle nécessite un équilibre instable entre « le trop » et le « pas assez », une sorte d’alchimie, requérant de la part du cartographe, qui doit être un peu un « artiste », tout à la fois rigueur et intuition.

 

Un métier qui jusqu’à la fin du XX e siècle est en fait composé de 3 spécialités … Celle de Documentaliste, celle de Concepteur - Préparateur, et celle de Dessinateur. Chez Michelin, les métiers de Concepteur - Préparateur et de Dessinateur ont été regroupés dès la fin des années 1990 en un seul : celui de Cartographe.

 

Le Documentaliste :
il est chargé de collecter l’information sur le terrain et auprès des différents services et organismes compétents. Informations de toutes natures permettant de compléter efficacement la carte, projets à court, moyen ou long termes… Des informations techniques, des plans de réalisation d’ouvrages en cours ou à venir, des relevés sur le terrain … qui permettent à Michelin de proposer une cartographie constamment à jour. La carte Michelin est actualisée chaque année… voire plus ! Ainsi existera-t-il, dans le cours des années 1920, des cartes « saisonnières » Printemps – Été – Hiver. Éditions révélatrices d’un formidable dynamisme dans l’évolution du réseau routier Français. Évolution que Michelin a su traduire pour favoriser l’essor de l’automobile.

 

Le Concepteur, le Préparateur :
dotés de grandes capacités d’analyse et de synthèse, ils prennent en main l’ensemble du matériel documentaire et vont, sur des « modèles »,  en effectuer une restitution cartographique parfaitement conforme aux consignes de rédaction ou de mise à jour. Ce métier nécessite une parfaite connaissance des règles cartographiques,une grande capacité à intégrer les notions d’échelles, un certain talent pour le dessin… Un Concepteur, Préparateur confirmé, sera capable de créer de nouvelles cartographies.

 

Le Dessinateur :
avant tout un « artiste » capable de reproduire le plus fidèlement et le plus rigoureusement possible, les informations portées par les Concepteurs, ou les Préparateurs, sur les « modèles ». Jusqu’à la fin des années 1960 la majeure partie de l’information cartographique était transcrite « à la main » : d’abord sur des films collés sur des dalles de verre (stabilité dimensionnelle oblige), puis sur des films polyester – un ou plusieurs par couleur.

 

Le projet « CASSINI »
La fusion des métiers de Concepteur - Préparateur et de Dessinateur, pour parvenir à celui de Cartographe, se fera à la fin des années 1990. Le projet « CASSINI », va permettre d’y parvenir. Il fait référence à la célèbre famille de scientifiques  italiens, sous le règne de Louis XV, dont les Cartographes à l’origine de la première carte topographique de la France. La formation sera assurée par 2 équipes issues de chacun des 2 métiers d’origine. En 2 ans, plus de 2000 jours de formation interne seront dispensés, permettant à Michelin de basculer dans la cartographie du 21e siècle… Tout en continuant à mettre à jour les bases de données cartographiques, bien sûr !

 

La cartographie moderne informatisée destinée à de multiples produits.

 

Aujourd’hui, comme nous venons de le voir, toutes les informations recueillies sont analysées, interprétées puis reportées dans les bases de données par le cartographe. Des dizaines de milliers de données sont ainsi traitées chaque année.

 

Enfin vient la phase de conception du produit : les bases de données cartographiques, actualisées, sont alors exploitées par l’équipe éditoriale qui effectue les « extractions », les « habille » (cadres, marges…) et les enrichit par des éléments complémentaires : index, légendes, renseignements pratiques, couvertures, plans de ville … Le tout est ainsi mis en forme pour constituer un fichier destiné à être ensuite imprimé et devenir, après conditionnement, les cartes, les plans ou les atlas utilisables par les clients.

 

Quatre grands principes régissent la cartographie Michelin :
- L’objectivité des informations : toutes les informations exploitées par Michelin sont objectives et fiables. Elles ont toutes été collectées, soit sur le terrain, soit auprès des services officiels.
- La hiérarchisation des informations : toutes les informations sont hiérarchisées en fonction non seulement de l’échelle, mais aussi de critères logiques pour la compréhension.
- La simplicité dans la restitution des informations : toutes les informations sont restituées le plus lisiblement possible. Les codes cartographiques utilisés par Michelin sont compréhensibles par tous.
- L’information au service du repère : toutes les informations sont utiles. Tout ce qui figure sur la carte doit être visible sur le terrain et utile à l’automobiliste sur la route.

 

Ces informations, les cartographes les destinent, non seulement à l’ensemble des publications éditées par Michelin, mais également à ViaMichelin. Avec ViaMichelin, la cartographie a pénétré dans le 3e millénaire. Les cartographes contribuent aujourd’hui à fournir à ViaMichelin une cartographie détaillée destinée non seulement à la navigation embarquée mais aussi aux cartes accessibles sur Internet. Les technologies évoluent, les comportements des clients changent, mais la carte demeure et les Cartographes gardent à cœur leur métier.

 

Vers les nouveaux défis de la cartographie… GPS ou Carte routière ?
Le catalogue des cartes NATIONAL Michelin compte désormais 42 références, sur l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Afrique. Celui des Cartes plus détaillées, REGIONAL, LOCAL, ZOOM et Plans de villes compte plus de 150 références. L’ensemble de ces publications est mis à jour régulièrement. Leur charte graphique (couleur des routes choisie en fonction de la rapidité de circulation, taille des écritures en fonction de l’importance démographique, de l’intérêt économique et/ou touristique, numérotation des routes en caisson pour les nouvelles cartes…) offre aux lecteurs des Cartes Michelin une très grande lisibilité. Les éléments mentionnés (localités, informations sur les routes, curiosités, repères, ressources diverses…) sont placés avec précision dans l’intérêt du conducteur. Enfin, toutes les cartes routières et touristiques Michelin proposent un index des localités, pour identifier rapidement sa destination, déterminer ses étapes ou construire son itinéraire sur mesure.

 

Avec un tel catalogue, des bases de données numériques, la cartographie Michelin peut aborder les enjeux qui se présentent à elle avec sérieux. Le voyageur aura le loisir d’imaginer son parcours, de préparer son itinéraire et de prévoir les étapes ou détours qui apporteront un véritable plaisir convivial et partagé par tous. Aujourd’hui, couplée aux moyens des technologies modernes (Internet, PAD, Navigation embarquée, GPS…), la cartographie est un atout pour mieux voyager, plus librement !

 

A la Carte, la liberté de la préparation du voyage !
Au GPS, la commodité du trajet « en temps réel » !

 

1 siècle d’histoire et 5 générations de cartes énumérées A B C D E

Une information complète et utile … la carte « A »
Les deux points forts de la carte Michelin : l’information routière et l’information touristique.
Dès la première génération de carte, nommée « A », toutes les précisions sont données sur la qualité des différents réseaux routiers (macadam, pavés, pierres, « chaussées où on voit loin », etc.) ; églises, châteaux, points de vues, etc. sont présents. Mais surtout et déjà, l’intérêt plus ou moins grand des sites est visible. Dès 1910, on dispose également des représentations administratives (limites de départements, hiérarchisation des localités…).  Les calculs de distances sont largement détaillés et expliqués.

 

La distinction des itinéraires … la carte « B »
Michelin va très rapidement organiser les réseaux routiers en itinéraires sur ses cartes. Dès la deuxième génération, en 1923, la notion d’itinéraires devient prépondérante et va distinguer la carte Michelin de ses concurrents (routes à grande circulation, routes secondaires, etc.). La notion d’« obstacles » (passages à niveau avec voies ferrées, routes interrompues, parcours et pentes difficiles, etc.) est développée à partir de cette période. Celle de « loisirs » apparaît (aérodrome, golfs, etc.). La charte graphique de la cartographie Michelin est installée (typographies, symboles, repères couleurs, etc.). Puis une nouvelle génération, la carte « C », va progressivement remplacer la carte « B ».

 

Après guerre, l’ère du « tout automobile » … la carte « C »
Dès le lendemain du second conflit mondial, les zones dangereuses, minées, sont clairement indiquées par des hachures rouges. La carte « C » reprend les caractéristiques de sa devancière et se développe avec les infrastructures d’après guerre. Remarquable par son détail et ses précisions, cette génération « C » cédera la place, de 1961 à 1973, à la carte encore en service en 2006 dite de génération « D ».

 

La mécanisation et l’informatisation des procédés : la carte « D »
Des moyens mécaniques sont utilisés pour tracer routes, chemins et sentiers. L’anneau à graver (technologie héritée de l’Institut Géographique National) remplace le tire-ligne et va faciliter le travail des cartographes. La toponymie obtenue par photocomposition évolue également à partir de cette génération « D ». La projection des écritures grâce au procédé Michelin, familièrement appelé par les cartographes « la bibette », va également contribuer à faciliter le travail des équipes.

La carte « D » va s’informatiser dans les années 1995/1996. Une évolution majeure rendue nécessaire par l’évolution des techniques de Dessin Cartographique Assisté par Ordinateur (DCAO), mais aussi, et corollairement, par la raréfaction des matériaux de base (films, plaques polyester, cromalins, etc.). De fait, un projet d’une ampleur considérable va voir le jour. Il s’agit de faire naître une nouvelle génération de Dessinateurs en les formant aux procédés informatiques modernes. L’ensemble de la cartographie est « scannée » à l’aide du logiciel « DRY », outil particulièrement bien adapté au DCAO. Dans un second temps naîtra le projet « Cassini » qui fera des Dessinateurs, des Préparateurs et des Concepteurs un seul et même métier : celui de Cartographes.

 

Vers la cartographie du 21e siècle : la carte « E »
Les Bases de Données numériques sont des Bases « figées » dites « rasteurs ». Pour assurer leur mise à jour, le fond cartographique est en partie « gommé » aux endroits devant être modifiés pour accueillir une nouvelle route, un nouveau tracé, bref une correction… Les modifications sont apportées au « trait numérique » sous forme « vecteurs ». L’image vectorielle possède cette faculté de pouvoir être transformée à souhait.
L’essentiel des Bases de Données cartographiques Michelin est donc « hybride », conjuguant « vecteurs » et  « rasteurs ». Seules les nouvelles cartes créées depuis l’informatisation sont « tout vecteurs ». Le projet « Clovis », consistant à numériser l’ensemble de la Base de Données 1/200 000 de la France, vient de voir le jour. Les éditions  2007, cartes et atlas, seront les premières de la génération de carte « E ».


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